Lorsque vous regardez les blogs sur l’éducation, vous ressentez une ferme intention de changer les choses. Des sujets d’actualité tels que l’école du laboratoire, la refonte de l’école et le plan d’action numérique illustrent bien cette volonté. Tous cherchent à améliorer nos écoles afin qu’elles répondent aux exigences du siècle prochain.
Par Jean-Sébastien Reid, idée d’éducation entrepreneuriale
Imaginer l’école de demain, ce n’est pas seulement repenser les manuels ou les bâtiments. L’enjeu se joue ailleurs : dans la capacité à faire grandir chaque personne qui traverse ses couloirs, qu’il s’agisse d’élèves, d’enseignants, de responsables ou de membres du personnel. Une école vivante, branchée sur sa communauté, ouverte à ceux qui la font vivre et à ceux qui l’entourent.
On entend beaucoup parler d’intégration numérique, de littératie, de numératie, de citoyenneté, de neurosciences, d’efficacité scolaire ou encore de codage. Derrière cette avalanche de concepts, il y a surtout un jeune en quête de sens. Il observe, il jauge nos réformes et les dispositifs que nous mettons en place pour le pousser à réussir. Mais ce qui compte, au fond, c’est ce qui se passe dans sa tête, dans ses choix.
Des années à enseigner, puis à diriger une école, m’ont permis de cerner une certitude : le moteur de la réussite, c’est le jeune lui-même. Certes, il a besoin d’une équipe qui l’oriente et l’accompagne, mais c’est à lui d’apprendre à décider. Quand la pédagogie entrepreneuriale a croisé ma route, ma pratique a pris un tournant radical. J’ai vu des enfants s’étonner eux-mêmes, des parents s’impliquer avec enthousiasme, des partenaires soutenir nos projets pour que chacun trouve sa voie et prenne goût à choisir.
Sur le terrain de la formation entrepreneuriale, j’ai croisé des enseignants embarqués à corps perdu, d’autres encore sceptiques qui hésitaient à sauter le pas. Voici quelques raisons concrètes qui démontrent la force de l’entrepreneuriat scolaire.
1. Croire que nous pouvons être acteurs du changement
Et si l’école était le véritable laboratoire où l’on apprend à inventer des solutions et à provoquer des transformations concrètes ? Chaque année, des rayons entiers de librairie se remplissent de guides sur la gestion du changement, preuve que ce besoin est profondément ancré.
Pourtant, rares sont ceux qui, durant leur parcours scolaire, ont eu l’opportunité de risquer, de se confronter à des défis réels, de sortir du cadre préétabli. L’école a longtemps préféré la conformité à l’audace.
Il est temps de voir l’école autrement : comme un espace destiné à révéler le potentiel singulier de chaque individu. Les jeunes, dès qu’ils apprennent à jauger le risque et à sortir de leur zone de confort, développent une agilité qui les prépare à relever les défis qui les attendent.
2. Croire que nous pouvons influencer le chemin et la destination des jeunes qui passent par nos cours
Chacun garde en mémoire un enseignant qui a laissé une trace, orienté un choix, ouvert un horizon. Mais ces modèles, avouons-le, restaient l’exception. Pourquoi ne pas viser plus large ?
Nous avons les moyens de faire en sorte qu’une majorité d’enseignants deviennent ces repères, ces partenaires qui accompagnent activement les jeunes dans leurs explorations et leurs décisions. Nos passions, nos domaines d’expertise sont autant de passerelles pour révéler les talents cachés des élèves.
3. Croyant qu’ensemble, nous pouvons changer le monde
« À quoi bon, personne ne verra ce que je fais ! » Ce sentiment d’inutilité, la pédagogie entrepreneuriale l’ébranle. Elle pousse à répondre à un vrai besoin, pour un public réel, que ce soit à l’école ou bien au-delà. Avec les réseaux sociaux, la portée des projets ne connaît plus de frontières. Une idée née en classe peut faire bouger les lignes à des milliers de kilomètres.
Les jeunes doivent se rendre compte que leur action compte, que le monde attend leurs idées. Nous avons la responsabilité de leur montrer qu’ils ont ce pouvoir. Devenir des acteurs du changement, c’est aussi leur transmettre cette capacité à impacter l’avenir.
#Changeons_le_monde_grâce_aux_enfants
4. Croire que nous pouvons enseigner de manière plus authentique
« Mais à quoi ça va me servir ? » Cette question, tous les enseignants y ont été confrontés. On a parfois répondu à côté, par automatisme : « Tu comprendras plus tard. » Avec le recul, ce type de réponse ne suffit pas à allumer le désir d’apprendre.
Certains apprentissages sont abstraits, c’est vrai. Mais quand on propose aux jeunes de s’emparer du savoir dans le cadre de projets entrepreneuriaux, cette question perd de sa pertinence. Ils découvrent l’utilité concrète de ce qu’ils apprennent, appliquent leurs connaissances à des situations qui font sens pour eux, et s’approprient enfin leur apprentissage.
5. Croyant que les jeunes peuvent être scolarisés… à tous les âges
Les projets entrepreneuriaux, par leur authenticité, réveillent l’engagement des élèves et leur donnent envie de s’impliquer. Mais pour que cela fonctionne, il faut aussi réunir quelques conditions. Très vite, les élèves doivent pouvoir s’approprier le projet, pour qu’il devienne réellement le leur. Même si l’enseignant lance l’idée ou orchestre la démarche, surtout chez les plus jeunes, il s’agit de guider sans imposer, de stimuler la prise d’initiative par des questions, des astuces, des choix à faire.
Le bénéficiaire du projet, qu’il s’agisse d’un client, d’un public ou d’une personne dans le besoin, doit être concret pour les élèves, avec une relation qui s’instaure, même minime. C’est ainsi qu’ils auront envie de s’engager pour quelqu’un qu’ils connaissent, ou du moins, qu’ils reconnaissent. Et puis, il faut oser leur faire confiance, leur donner de vraies responsabilités. Le potentiel des enfants surprend toujours, pour peu qu’on leur laisse la place de s’exprimer.
6. Croyant que les parents et la communauté peuvent être de véritables
partenaires
On lit souvent des récits sur ces « parents experts » qui pensent tout savoir de l’éducation parce qu’ils ont connu l’école, eux aussi. Pourtant, l’enseignement s’est transformé : la science avance, les attentes changent, l’école ne peut plus fonctionner en vase clos. Il faut toute une communauté pour permettre à chaque enfant de s’épanouir. Ni les parents, ni l’école ne fixent seuls les règles du jeu ; c’est dans le dialogue que naissent les collaborations les plus fécondes.
Un projet entrepreneurial peut ouvrir la porte à la participation des partenaires, y compris les parents parfois distants. Et quand ceux-ci voient leur enfant réussir une tâche qui dépasse le cadre scolaire, ils découvrent parfois des facettes qu’ils ignoraient : « Je ne pensais pas qu’il ou elle en était capable ! » Ce genre de prise de conscience peut transformer la relation avec l’école et déboucher sur de vraies collaborations, y compris autour de situations plus délicates.
7. Croyez au pouvoir des jeunes !
L’entrepreneuriat scolaire donne aux élèves la possibilité d’endosser plusieurs rôles : initiateur, responsable, gestionnaire de projet. Chacun, selon ses affinités, gravite d’un poste à l’autre. À l’enseignant de repérer les atouts, de pousser les plus timides à se découvrir de nouvelles forces.
Prendre la parole face à des adultes inconnus peut sembler intimidant, mais bien souvent, les élèves s’en sortent avec une aisance qui force l’admiration. Leur spontanéité, leur fraîcheur, ouvrent des portes. Là où l’adulte hésite, eux avancent, convaincus. Donnons-leur la possibilité de rayonner, laissons-les transmettre leurs passions et entraîner leur entourage.
« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. », Mark Twain
Initier les jeunes à l’esprit d’entreprendre, c’est leur offrir un levier pour prendre leur destin en main. Sur ce chemin, ils gagnent en confiance, en ingéniosité, en créativité. Autant de qualités qui leur servent bien au-delà de l’école, pour construire la suite, debout et fiers, prêts à saisir leur chance. Rien ne remplace l’élan de celui qui ose écrire sa propre histoire.

