Photo de Dylan Walters sous licence CC 2.0
Penser à faire une mission humanitaire auprès d’orphelins part souvent d’une bonne intention, mais il faut savoir que ce geste, loin de réparer des vies, peut parfois aggraver la situation des enfants concernés.C’est la raison pour laquelle Gudisto a fait le choix de ne pas proposer de missions de volontariat dans les orphelinats. D’autres formes de bénévolat auprès des enfants existent et il nous paraît indispensable d’expliquer, dès le départ, les nombreux risques associés à l’engagement dans ces structures. Dans certains pays, le volontariat dans les orphelinats alimente même, sans le vouloir, des réseaux de trafic d’enfants.
Les missions dans les orphelinats font partie des trois catégories exclues de notre plateforme, au même titre que les projets d’écovolontariat auprès de jeunes félins et les projets impliquant la maltraitance d’éléphants en captivité.
Voici les points qui reviennent le plus souvent lorsque la question des missions auprès des orphelins se pose :
- Une demande fréquente : missions d’aide humanitaire auprès des orphelins
- Risque de troubles relationnels dus à la succession de bénévoles
- Orphelinats : souvent source du problème, non une réponse
- Pas de mission humanitaire dans les orphelinats, mais de nombreuses alternatives de volontariat à l’étranger auprès d’enfants
Une demande fréquente : les missions humanitaires auprès des orphelins
Les orphelins, notamment en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, concentrent l’attention de nombreux volontaires occidentaux. Malgré leur vulnérabilité, la meilleure aide ne consiste pas à multiplier les missions temporaires dans ces établissements. Il est plus judicieux de privilégier d’autres projets de volontariat avec des enfants, tout en laissant la prise en charge des orphelins à des professionnels formés et stables, dans des structures qui cherchent à recréer un environnement familial.
Risque de troubles relationnels dus au défilé des bénévoles
L’un des dangers majeurs est le manque de figures d’attachement stables. Les enfants placés en orphelinat souffrent déjà d’un déficit affectif, et l’arrivée régulière de bénévoles de passage ne fait qu’accentuer ce manque. Le risque ? Les enfants s’attachent à des figures éphémères, puis vivent des séparations répétées, parfois douloureuses.
Dire au revoir à ces enfants n’est jamais anodin. Photo de Ryanne Lai sous licence CC 2.0
Sans préparation spécifique, les bénévoles peuvent être tentés de créer des liens affectifs avec les enfants. L’inévitable départ se transforme alors en nouvelle blessure pour les orphelins, qui voient défiler adultes et promesses sans lendemain. Les conséquences psychologiques sont loin d’être anodines : troubles de l’attachement, difficultés relationnelles, et souvent, une souffrance durable. Peu de bénévoles ont la formation ou l’expérience pour limiter ces dégâts.
Qu’il s’agisse de bénévoles dans le cadre de programmes structurés (comme le Service civique international) ou d’employés des institutions, le problème reste entier : la rotation des adultes perturbe l’équilibre des enfants. De nombreuses voix, dont celles des Nations Unies, estiment que le placement en orphelinat doit rester une solution de dernier recours. Grandir auprès d’un membre de la famille élargie, ou dans une famille d’accueil, favorise un développement bien plus harmonieux. D’ailleurs, l’orphelinat a été progressivement abandonné en Europe au profit d’autres systèmes de protection de l’enfance. Des pays comme le Rwanda s’engagent eux aussi à réformer leur protection sociale dans ce sens.
Les orphelinats : souvent une partie du problème, pas une solution
Certains orphelinats manquent de ressources et de personnel qualifié, mais faute d’alternative, les enfants n’ont d’autre choix que d’y rester. Alors, pourquoi ne pas mobiliser des bénévoles pour les aider ? La réalité est plus complexe.
Dans de nombreuses régions, les responsables d’orphelinats ne se préoccupent pas toujours réellement du bien-être des enfants. Au Cambodge, par exemple, une étude de l’UNICEF révèle que trois enfants sur quatre placés en « orphelinat » ont au moins un parent vivant. Le nombre d’établissements a explosé dans les zones touristiques, et des situations semblables existent au Népal ou en Ouganda.
Le moteur ? L’argent. De nombreux orphelinats accueillent surtout des enfants issus de familles pauvres, parfois convaincues de leur offrir un avenir meilleur. Mais souvent, les gestionnaires cherchent avant tout à profiter des dons ou des frais versés par les organisations de volontariat pour la présence de bénévoles occidentaux. Certains établissements sont aussi influencés par des groupes religieux radicaux. Même les organismes de bénévolat les plus sérieux se heurtent à la corruption ou au manque de contrôle, rendant très difficile l’identification des structures réellement vertueuses.
Les orphelinats disposent également d’autres sources de revenus, qui entretiennent le système :
- Dons directs de bienfaiteurs et de paroisses, souvent trompés malgré leur bonne volonté
- Visites organisées, où des groupes viennent voir les enfants
- Vente d’objets artisanaux réalisés par les enfants, ou d’autres produits dérivés
Plutôt que d’alimenter ces mécanismes, il est préférable de soutenir des initiatives qui permettent aux enfants de rester auprès de leur famille ou, à défaut, de rejoindre une famille d’accueil.
Une étude menée en 2009 par le ministère de l’Emploi et du Bien-être social d’un pays d’Afrique de l’Ouest indique que 90 % des enfants en établissement ne sont pas orphelins au sens strict. Au Ghana, David Rössler décrit un phénomène particulier : dans certains villages pauvres, des enfants séjournent temporairement en « orphelinat » uniquement lors de la venue de volontaires étrangers. Une fois les visiteurs partis, ces enfants retrouvent leur famille. Dans ce cas, il n’y a ni trouble affectif ni trafic, mais le système détourne l’aide bénévole de son objectif initial.
Le paradoxe est là : vouloir aider les plus vulnérables peut, involontairement, nourrir leur détresse. Plus il y a de volontaires et de dons, plus les orphelinats se multiplient, et plus les enfants sont retirés de leur famille pour répondre à la demande. Pourtant, il existe d’autres façons de s’engager auprès des enfants qui ont besoin de soutien.
Aucune mission humanitaire dans les orphelinats, mais de nombreuses autres offres de volontariat à l’étranger avec des enfants
L’enseignement représente une alternative concrète au volontariat en orphelinat
Il existe bien des missions humanitaires dans certains orphelinats où les bénévoles peuvent réellement se rendre utiles, mais le manque de contrôle indépendant rend difficile l’évaluation de la qualité et de l’éthique de ces projets. En tant que plateforme indépendante, nous ne pouvons pas garantir la fiabilité de tous les programmes proposés par nos partenaires.
Pour ne pas encourager la demande de missions humanitaires auprès d’orphelins, nous avons donc fait le choix de ne référencer aucun projet en orphelinat. Le fondateur de guidisto-voluntariat.fr, Frank Seidel, s’implique d’ailleurs activement dans le réseau ReThink Orphanages, qui promeut le bénévolat éthique à l’international.
Pour celles et ceux qui souhaitent agir auprès d’enfants dans le cadre d’un projet solidaire à l’étranger, de nombreuses possibilités existent.
Les enfants vivant avec leur famille ou un adulte référent ont eux aussi besoin d’appui. Voici quelques exemples de missions accessibles :
- Projets humanitaires dans des structures d’accueil (crèches, centres de loisirs, etc.)
- Enseignement et soutien scolaire
- Activités sportives
- Accompagnement de personnes en situation de handicap
- Projets en faveur des femmes et des filles
Un volontariat bien encadré profite à tous : aux partenaires locaux, aux enfants, aux bénévoles eux-mêmes, et à la société tout entière. S’engager, c’est participer concrètement au développement d’une citoyenneté mondiale. La voie est ouverte pour celles et ceux qui veulent agir autrement.
329 projets de volontariat, portés par 19 organisations dans 58 pays, n’attendent que les bonnes volontés. Face à cette diversité, chacun peut trouver la mission qui lui ressemble, du Bénin à l’Argentine, de la Thaïlande au Portugal. Qu’il s’agisse d’éducation, d’écovolontariat, de santé, d’agriculture ou de journalisme, les occasions d’agir ne manquent pas. Reste à choisir sa destination, son projet, et à se lancer pour de bon dans l’aventure humaine.




