Un modèle d’apprentissage peut inverser l’ordre classique des étapes d’acquisition des connaissances. Dans certaines approches, l’expérimentation précède la compréhension théorique, allant à l’encontre de la progression traditionnelle de l’enseignement.
Les institutions éducatives s’appuient de plus en plus sur des méthodes actives pour favoriser la mémorisation et l’engagement des apprenants. Cette dynamique modifie les pratiques de formation, en particulier dans les contextes professionnels et universitaires.
Pourquoi la théorie de Kolb a révolutionné notre compréhension de l’apprentissage
Avec David Kolb, l’apprentissage a changé de visage. Plus question de suivre une route toute tracée, où la théorie précède l’action. Son célèbre cycle de Kolb, élaboré dans les années 1980, s’appuie sur la théorie de l’apprentissage expérientiel et pose un cadre en quatre mouvements : expérience concrète, observation réfléchie, conceptualisation abstraite, expérimentation active. Ce modèle, inspiré des réflexions de John Dewey, Kurt Lewin et Jean Piaget, place l’échange entre action et réflexion au cœur du processus.
Kolb ne s’est pas limité à mêler concepts et méthodes : il a construit une démarche où chaque étape nourrit la précédente et prépare la suivante. Cette réorganisation des idées rejoint la vision de Richard Côté, qui défend l’idée d’un apprentissage expérientiel fondé sur l’action consciente, capable de transformer les représentations. L’alternance entre expérience vécue et abstraction insuffle une nouvelle énergie à la pédagogie, en misant sur la capacité à agir, analyser et réinventer ses savoirs.
Voici deux points clés pour comprendre l’apport de ce modèle :
- Le cycle de Kolb s’inspire de la sagesse de Confucius : « J’entends et j’oublie, je vois et je me souviens, je fais et je comprends ».
- La théorie de l’apprentissage expérientiel façonne la formation autour d’une dynamique réflexive, à rebours des schémas traditionnels centrés sur la transmission.
Ce modèle marque un tournant : ici, la réflexion vient après l’action, la théorie surgit de l’expérience. La théorie de Kolb déborde largement du cadre scolaire : elle irrigue la formation continue, les stages, les simulations en santé, les ateliers collaboratifs. Impossible désormais d’ignorer l’impact de cette approche sur l’ensemble du champ éducatif.
Les quatre phases du cycle expérientiel : un modèle en action
Le cycle de Kolb se structure autour de quatre phases, enchainées mais jamais figées. Le but : rendre visible le va-et-vient entre action et analyse, qui rend l’apprentissage expérientiel aussi vivant qu’efficace.
Expérience concrète
Ici, tout commence par une situation vécue. L’apprenant s’immerge dans un atelier, un jeu de rôle, une simulation ou toute activité qui sollicite ses cinq sens et son intelligence de terrain. Cette étape met le vécu au centre : rien ne vaut l’expérience directe pour amorcer l’apprentissage.
Observation réfléchie
Après l’action, place à la prise de recul. L’observation réfléchie invite à analyser ce qui vient d’être traversé : quels résultats ? Quelles émotions ? Où se nichent les blocages ou les réussites ? Ce temps d’analyse permet de questionner les faits, de repérer les mécanismes sous-jacents, d’interroger ses propres réactions.
Conceptualisation abstraite
Vient ensuite la phase de conceptualisation abstraite. L’apprenant relie son expérience aux modèles, aux notions, aux théories. Ce passage par l’abstraction donne du sens, structure l’observation et prépare la généralisation vers d’autres situations.
Expérimentation active
Enfin, l’expérimentation active ouvre de nouveaux horizons. L’individu réinvestit ce qu’il a compris dans une nouvelle action, adapte ses comportements, affine ses choix. Le cycle recommence, chaque boucle enrichissant la maîtrise et l’autonomie.
Pour mieux cerner la dynamique de ce cycle, voici ce que ces quatre phases permettent :
- L’alternance entre expérience, recul, abstraction et test dynamise l’apprentissage, stimule la prise d’initiatives et développe une véritable agilité.
- Ce modèle met en lumière la diversité des itinéraires, valorise la singularité de chaque vécu et encourage l’expérimentation.
Le cycle de Kolb, bien loin d’un simple schéma théorique, donne à voir la richesse et la complexité de tout parcours formatif.
Quels styles d’apprentissage révèle le modèle de Kolb ?
Le modèle de Kolb ne se contente pas d’illustrer le mouvement du cycle expérientiel. Il propose aussi une grille de lecture des profils d’apprenants, en croisant deux axes : expérience concrète vs conceptualisation abstraite, expérimentation active vs observation réfléchie. De cette combinaison naissent quatre styles d’apprentissage.
Vous trouverez ci-dessous une présentation de ces styles :
- Divergence : allie expérience concrète et observation réfléchie. On y retrouve les personnes capables de saisir une situation dans sa globalité, attentives à l’environnement et aux émotions d’autrui, dotées d’une forte créativité et d’une solide intelligence émotionnelle. Idéal pour imaginer des solutions inédites ou explorer des perspectives variées.
- Assimilation : associe observation réfléchie et conceptualisation abstraite. Ce style valorise l’analyse logique, la structuration des données, la préférence pour la théorie et la modélisation. Les assimilateurs s’emparent de concepts complexes, sans toujours chercher une application immédiate.
- Convergence : conjugue conceptualisation abstraite et expérimentation active. Ici, la logique s’allie à la recherche de solutions concrètes. Ces apprenants aiment résoudre des problèmes pratiques et mettent vite leurs idées à l’épreuve des faits.
- Accommodation : expérience concrète et expérimentation active forment un duo axé sur la flexibilité et le plaisir de l’apprentissage par le faire. Ceux qui se reconnaissent dans ce profil apprennent en testant, en s’adaptant, souvent dans des contextes inédits.
Impossible de résumer un individu à un unique style : chacun mobilise plusieurs facettes selon le contexte, le sujet, le moment de sa vie. Mais le modèle de Kolb offre un éclairage précieux sur la diversité des manières d’apprendre et sur la richesse des expériences personnelles.
Ressources et conseils pour intégrer la théorie de Kolb dans vos pratiques pédagogiques
Le cycle de Kolb infuse les dispositifs éducatifs les plus variés : formation professionnelle, enseignement médical, développement personnel ou transformation des organisations. Pour les formateurs, structurer une progression autour de l’expérience concrète, puis de l’observation réfléchie, la conceptualisation abstraite et enfin l’expérimentation active, permet d’alterner pratique, analyse, formalisation et mise en acte.
L’adoption du modèle encourage la diversification des situations pédagogiques : stages, simulations, laboratoires, projets collectifs, mais aussi gamification et apprentissage numérique. Ces formats favorisent l’autonomie et stimulent la créativité. Des solutions innovantes, comme celles proposées par Lemon Learning, misent sur la personnalisation et l’autoformation, en droite ligne du modèle expérientiel.
Certaines voix, parmi lesquelles David Boud et Rosemary Keogh, rappellent toutefois que l’interaction sociale et la dynamique de groupe demeurent indispensables. Le cycle de Kolb gagne à être complété par d’autres approches, notamment pour développer les soft skills et l’intelligence relationnelle.
Pour tirer le meilleur parti du modèle, il convient d’alterner théorie et pratique, de stimuler la réflexion individuelle comme collective, et de multiplier les retours d’expérience. L’enjeu : former des professionnels capables d’ajuster leurs compétences, de s’adapter et d’innover, en activant toutes les ressources de l’apprentissage expérientiel.
À l’heure où la formation évolue à toute vitesse, la théorie de Kolb reste un repère solide. Ceux qui savent transformer chaque expérience en levier d’apprentissage ont déjà pris une longueur d’avance.


